Vieux métiers, vraie passion

Garde-barrière, un métier tombé en désuétude. Dans le Loiret, il en reste quelques uns comme Philippe fidèle au poste depuis 29 ans.

Dans une société dépendantes des nouvelles technologies, les métiers anciens perdurent. Qu'ils soient maréchal-ferrant, bouilleur de cru ou garde-barrière, ces Loirétains continuent de faire vivre la tradition au XXIe siècle.

Il montre les voies
La sonnerie stridente retentit dans la guérite exigüe. Philippe est à son poste. Il tourne la manivelle et abaisse les barrières le long des voies de chemin de fer. Nous sommes au PN 91, comme passage à niveau. Le garde-barrière sécurise le trajet du Paris-Bordeaux qui est à l’approche. On distingue au loin le train avec ses phares allumés. La masse devient de plus en plus grosse. La barrière est baissée. Automobilistes, piétons et vélos sont forcés à l’arrêt. Le train passe, Philippe relève les barrières à grands coups de manivelle. « C’est très lourd surtout quand il y a du vent, il faut avoir le coup de main. »
Depuis 29 ans, ce cheminot surveille les trains. Un métier qu'il a appris après une erreur d'aiguillage. « J’étais boulanger mais j’étais allergique à la farine ! » Il se réoriente et trouve ce métier à la SNCF. Un travail dur car il faut veiller de jour et de nuit et être attentif aux mouvements de la route et du rail. Philippe a su varier les plaisirs et travaille en alternance sur les voies avec ses collègues pour rénover et moderniser les voies de chemin de fer. Mais confier la surveillance des barrières aux agents est devenu une rareté. Dans sa guérite, il veille seul au grain avec pour seul compagnon la perspective de ligne, sa sonnerie et son alarme personnelle qui se déclenche s’il ne réagit pas au signal. Le poste de commande sécurité est averti. Deux sécurités valent mieux qu’une. Mais désormais, la plupart des passages à niveau sont automatisés. Philippe est donc l’un des derniers mohicans du rail. Un métier de l’ombre mais une présence rassurante pour les cheminots et les automobilistes qui circulent sereinement.

Fer à cheval
Au cœur de la Sologne à Ardon, Bastien, 31 ans, s’affaire. Ce maréchal ferrant itinérant transporte son matériel dans sa camionnette et distille son savoir-faire dans les écuries loirétaines. Dehors, il fait – 2  C. Les doigts engourdis, il tente de se réchauffer avant de s’attaquer à Quiproquo, le cheval qu’il doit ferrer. Un travail de précision et une passion. Ferrer les chevaux c'est son dada. « J’aime le contact des chevaux et travailler le métal. » Il faut enlever le fer, gratter, nettoyer, couper les cornes puis créer le fer à la bonne dimension. Compter de une à deux heures par cheval et une intervention toutes les six à huit semaines.
Une tradition ancestrale qui permet aux chevaux de galoper et aux cavaliers de monter en tout sécurité. Bastien achève son travail. Demain, le propriétaire retrouvera un cheval « flambant ferré ». Bastien passe un coup de balai et range son matériel. Il reprend la route destination une autre écurie. Un autre cheval. Un autre échange. « C’est un travail varié de par les chevaux que l’on rencontre et le travail que l’on effectue sur eux. Chaque animal a sa spécificité, chaque fer est différent. », conclut-t-il. Un bon moyen de remettre l’ouvrage sur le métier.

Tant qu’il y a de l’eau de vie, il y’a de l’espoir
De la cabane mobile de Pascal nous parviennent des effluves de prune et de poire. Bouilleur de cru depuis 27 ans, il parcourt les petites communes du Loiret avec son attirail de Géo Trouvetou : une camionnette et une roulotte dans laquelle on trouve une chaudière, trois vases, le tout abrité sous une tôle ondulée. Pascal s’installe dans une dizaine de communes pour quelques jours. « C’est un métier sympathique car on sent les bonnes odeurs, c’est aussi plaisant car l’hiver on est au chaud et on échange avec les gens. »
Les riverains lui déposent leurs fruits fermentés de l’année. La récolte 2016-2017 n’a pas été bonne. Peu de fruits ont bien mûri. Et le travail n’est pas au rendez-vous. Qu’importe, Pascal et son père sont au rendez-vous. Ils assurent le lien social dans les campagnes. Le temps d’une journée, ils transforment les fruits en eau de vie. Le soir, les clients viennent récupérer leur précieux breuvage. Une tradition à toujours, consommer avec modération. Les derniers récoltants sont partis. Pascal remballe sa marchandise pour poursuivre sa tournée des petites communes au service de leurs habitants.

B. Sanson